Saint Nicolas – Saint Alexis d’Ugine

Ugine, petite ville de Savoie au cœur des Alpes françaises…

☦︎ Histoire & mémoire

UNE COMMUNAUTÉ RUSSE À UGINE

L’histoire de la communauté russe d’Ugine commence véritablement dans les années 1920, dans le grand mouvement d’exil provoqué par la Révolution russe et la guerre civile.

Un nom et une date sont restés dans les archives : Ivan Kondratievitch Tistchenko, cosaque du Kouban, arrive à la gare d’Ugine le 13 septembre 1923. Il est présenté comme le premier Russe de cette communauté à s’installer dans la ville.

D’autres le suivent. Anciens soldats des armées blanches, officiers, cosaques, hommes et familles contraints à l’exil arrivent progressivement à Ugine. Certains sont recrutés en Bulgarie et en Estonie par des émissaires des usines, alors à la recherche de main-d’œuvre.

Combien furent-ils exactement ? Les sources conservées ne donnent pas toutes le même chiffre : environ 1 700 selon certaines, plus de 2 000, voire 2 500 selon d’autres. Mais toutes témoignent de l’importance exceptionnelle de cette présence russe dans une petite ville des Alpes.

Ces exilés arrivent avec une histoire, une langue, une foi et des traditions. À Ugine, ils vont devoir reconstruire une vie.

TRAVAILLER ET VIVRE À UGINE

La France sort meurtrie de la Première Guerre mondiale. De nombreux hommes ne sont pas revenus du front et, dans les régions industrielles, le besoin de main-d’œuvre est considérable. À Ugine, les usines métallurgiques recrutent largement au-delà des frontières.

Pour les Russes arrivés en exil, le travail à l’usine devient le moyen de recommencer une existence. Certains ont été officiers, soldats ou cosaques ; ils doivent désormais s’adapter à une vie ouvrière très éloignée de celle qu’ils ont connue en Russie.

Les usines procurent du travail et, pour une partie des nouveaux arrivants, des logements. Peu à peu, une vie quotidienne s’organise. Les familles s’installent, les enfants grandissent, vont à l’école et une nouvelle génération se construit entre héritage russe et vie française.

Mais la communauté ne vit pas seulement au rythme de l’usine. Elle crée aussi ses propres lieux et moments de transmission : enseignement de la langue russe, musique, danse, orchestre, théâtre, bibliothèque. Dans l’exil, on cherche ainsi à préserver une culture autant qu’à construire une nouvelle vie.

Tous ne resteront pas à Ugine. Certains repartiront vers d’autres villes — quelques-uns, par exemple, gagneront Paris où ils travailleront comme chauffeurs de taxi. D’autres s’enracineront durablement dans la vallée, et leurs descendants feront désormais partie de l’histoire d’Ugine.

FOI, FAMILLES ET VIE COMMUNAUTAIRE

Dans l’exil, la foi orthodoxe devient l’un des liens les plus solides entre les familles russes d’Ugine. Elle accompagne les grandes étapes de l’existence, maintient des repères familiers et permet de transmettre une part de ce qui a été quitté.

Dès 1924, avant même la construction de l’église actuelle, une première chapelle est aménagée dans un bâtiment mis à disposition par Paul Girod. Ce lieu modeste devient rapidement un point de rassemblement pour la communauté.

On s’y retrouve pour les offices, bien sûr, mais aussi pour les baptêmes, les mariages, les funérailles, les fêtes et les processions. Autour de la vie religieuse se maintiennent ainsi les liens entre les familles et les générations.

La communauté connaît aussi des moments particulièrement marquants. Le 18 septembre 1938, Mgr Euloge vient à Ugine. Les archives anciennes évoquent une grande photographie prise à cette occasion, sur laquelle 96 personnes auraient été identifiées. Cette image et la liste complète des noms restent aujourd’hui à retrouver.

Au fil des décennies, les générations se succèdent et la communauté évolue, mais l’église reste un lieu où l’on se rassemble, où l’on se souvient et où certaines traditions continuent de vivre.

DES FIGURES ET DES DESTINS

Derrière l’histoire d’une communauté, il y a des visages et des parcours singuliers. Certains noms ont traversé le temps et permettent aujourd’hui de donner une dimension humaine à cette mémoire.

Ivan Kondratievitch Tistchenko, cosaque du Kouban arrivé à la gare d’Ugine le 13 septembre 1923, est présenté dans les documents conservés comme le premier Russe de cette communauté à s’installer dans la ville. Son histoire ouvre symboliquement celle de tous ceux qui arriveront après lui.

Parmi les prêtres qui accompagnent la communauté, une place particulière revient au père Philippe Chportack (1896–1980). Archiprêtre, il dessert l’église pendant plusieurs décennies, de 1937 à 1980 selon les archives conservées. Il est considéré comme le dernier prêtre permanent de la paroisse. Sa tombe se trouve aujourd’hui au cimetière d’Ugine, parmi celles qui perpétuent la mémoire de cette présence russe.

D’autres ont consacré leur travail à recueillir cette mémoire avant qu’elle ne disparaisse. Bruno Giraudy a notamment rassemblé témoignages, documents et recherches consacrés aux Russes d’Ugine. 

Nicolas Petroff apparaît également dans les archives comme auteur ou témoin de récits liés aux chemins de l’exil.

À sa manière, Christian Gros a lui aussi largement contribué à ce travail de mémoire et à la préservation de l’église. Pendant de nombreuses années, il a fait vivre et enrichi le site internet, rassemblant patiemment photographies, événements et souvenirs de la communauté. Très investi dans la vie de l’association, il a également organisé et suivi de nombreux travaux réalisés pour la sauvegarde et l’entretien de l’église. Par son engagement constant, il a ainsi contribué à préserver tout à la fois le bâtiment et la mémoire de ceux qui l’ont fait vivre.

Issue elle-même de la communauté russe d’Ugine, Eugénie Bardet-Neyrin en porte aujourd’hui une part de la mémoire. Présidente de l’association depuis de nombreuses années, elle œuvre avec constance à la préservation de l’église et de son histoire. Elle en tient la barre contre vents et marées, avec fidélité et détermination.

Et Paul dans tout ça ?
Il y a aussi ceux qui œuvrent dans l’ombre, sans titre particulier et sans jamais chercher à se mettre en avant. Paul Bardet, époux d’Eugénie, est de ceux-là. Toujours présent lorsqu’il fallait donner un coup de main, il a accompagné pendant des années la vie très concrète de l’église : participer aux travaux, repeindre une barrière, réparer, installer, déplacer les tables pour les agapes, aider chaque fois qu’un besoin se présentait. Disponible, généreux de son temps et de son énergie, Paul a beaucoup donné, simplement, sans compter et sans rien attendre en retour. Une présence discrète, mais précieuse, de celles qui font vivre un lieu au quotidien.

À travers ces quelques destins se dessine une histoire beaucoup plus vaste : celle de ceux qui sont arrivés, de ceux qui ont accompagné la communauté, puis de ceux qui ont voulu en conserver la trace.

LE CIMETIÈRE ET LA MÉMOIRE DES FAMILLES

Au cimetière d’Ugine, la mémoire de la communauté russe prend une forme particulièrement émouvante. Les tombes, les croix et les inscriptions rappellent que derrière l’histoire collective se trouvent des familles, des exils, des générations et des vies entières reconstruites loin de la Russie.

Une tombe collective porte cette inscription : « Ici reposent 43 fils et filles de Russie ».

Un autre monument est dédié aux cosaques du Don, tandis que la tombe du père Philippe Chportack rappelle la longue présence de celui qui fut pendant plusieurs décennies le prêtre permanent de la communauté.

Ces sépultures ne sont pas seulement des vestiges du passé. Elles restent aujourd’hui encore des lieux de prière, de commémoration et de transmission. L’association a d’ailleurs participé à leur entretien et à leur restauration afin que les noms et les histoires ne disparaissent pas.

Le cimetière prolonge ainsi, dans la pierre, ce que l’église conserve dans la mémoire vivante : la trace de celles et ceux qui ont fait partie de cette histoire.

TRANSMETTRE CETTE MÉMOIRE

Préserver cette histoire ne consiste pas seulement à conserver des bâtiments, des objets ou des photographies. C’est aussi recueillir des noms, des témoignages et des souvenirs avant qu’ils ne disparaissent.

Au fil des années, un important travail de mémoire a été mené autour de la communauté russe d’Ugine. Dans l’entrée de l’église, le Mémorial des Russes d’Ugine rassemble une exposition permanente consacrée à cette histoire. Des panneaux, des documents et des reliures évoquent les familles, l’usine, l’église et Saint Alexis.

Ce travail s’est également prolongé par la constitution de fichiers et de registres, par des recherches, des témoignages, des expositions, des conférences et des publications. Il a permis de conserver la trace de nombreuses familles russes de Savoie et d’Isère et de transmettre cette histoire au-delà d’Ugine.

L’association poursuit aujourd’hui cette mission de conservation et de transmission, notamment à travers les archives, les photographies et les documents réunis au fil du temps.

POUR ALLER PLUS LOIN

Pour approfondir l’histoire de la communauté russe d’Ugine, l’ouvrage de Bruno Giraudy et Élisa Jaffrennou consacré aux Russes d’Ugine et à l’église orthodoxe Saint-Nicolas rassemble de nombreux documents, témoignages et recherches historiques.

L’ouvrage peut être consulté auprès de l’association. Selon les disponibilités, un exemplaire peut également être envoyé sur demande.

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eglise.orthodoxe.ugine@gmail.com

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